Programmes de gestion de la fatigue: Exigences et guide d’évaluation

Exemple de PGF : CANALERT

Le projet CANALERT constitue un excellent exemple de PGF. Il y a plusieurs années, Transports Canada a commencé à s’intéresser à la question de la fatigue et a demandé aux compagnies de chemin de fer d’élaborer des politiques et des procédures pour résoudre les problèmes touchant la fatigue et le repos de leurs équipes. Les efforts combinés du Canadien National, du Canadien Pacifique et de VIA Rail, joints à ceux de la Fraternité des ingénieurs de locomotives, ont mené à la création d’un groupe de travail qui a embauché Circadian Technologies pour le seconder. Il en est résulté un projet pilote, appelé CANALERT, mis en œuvre à Calgary et Jasper en 1995. Divers aspects de ce programme pourraient être intégrés aux PGF élaborés par les chemins de fer.

Établissement des horaires d’après le chronotype : Selon la méthode classique d’établissement des horaires, les membres du personnel qui conduisaient les trains « sur la route » pouvaient avoir à se présenter au travail à n’importe quelle heure du jour (et de la nuit). Conformément au projet CANALERT, trois groupes, correspondant à des plages horaires, ont été établis. Ces plages englobaient l’heure à laquelle un mécanicien de locomotive allait commencer sa prochaine affectation. Les mécaniciens qui commençaient leur affectation entre 5 h et 15 h faisaient partie du groupe des Alouettes. Ceux qui débutaient entre 13 h et 23 h étaient des Hiboux, et ceux qui commençaient entre 21 h et 7 h appartenaient au groupe des Chats. Ces plages horaires ne valaient que pour les cas où l’affectation débutait au terminal d’attache. Les trajets de retour vers le terminal d’attache étaient régis par la politique classique du « premier entré, premier sorti ».

Des « zones protégées » étaient également établies : ces zones correspondaient aux périodes pendant lesquelles un mécanicien affecté à un horaire donné était le plus susceptible d’éprouver de la fatigue. Ainsi, pour autoriser un mécanicien à conduire un train jusqu’à son terminal d’attache sans prendre de repos, il fallait être certain qu’il arriverait à destination avant le début de sa zone protégée. Sinon, le mécanicien devait prendre au moins trois heures de repos au terminal de détachement. Finalement, une « zone protégée spéciale » a été créée pour répondre aux besoins des mécaniciens susceptibles d’éprouver de la fatigue pendant leur période de service. Dans cette zone spéciale, un mécanicien était autorisé à faire une sieste en service, s’il en sentait le besoin.

Non seulement tenait-on compte du groupe, ou du chronotype, des mécaniciens, on leur attribuait aussi des horaires de travail réguliers. Ainsi, chaque mécanicien travaillait une journée puis était en congé le lendemain. De plus, chaque horaire de 28 jours comportait deux jours de congé consécutifs, ce qui faisait au moins trois jours de congé de suite. Enfin, les mécaniciens étaient autorisés à se programmer une période de repos pouvant aller jusqu’à huit heures, en dehors de leur terminal d’attache.

Lieux de repos améliorés : Les logements pour les équipes déjà existants ont été placés à proximité des parcs à matériel remorqué. Des améliorations particulières ont été apportées à ces logements à Blue River, C.-B., y compris une meilleure insonorisation des murs intérieurs et l’ajout de rideaux d’obscurcissement et de générateurs de bruit blanc.

Politique sur les siestes en cours de trajet : Une politique sur les siestes a été mise en place. Chaque fois qu’un train arrivait à une voie d’évitement où une période d’attente était prévue, le mécanicien pouvait communiquer avec le contrôleur de la circulation ferroviaire et demander qu’on lui accorde 20 minutes pour faire une sieste. Les mécaniciens étaient munis de matelas et de bandeaux pour les yeux pour mieux dormir. Si la période de service du mécanicien empiétait sur la zone protégée, celui-ci était autorisé à faire une sieste à un moment mutuellement convenu.

Installations pour faire la sieste au terminal : Des lieux de repos calmes et dotés de fauteuils confortables ont été aménagés aux terminaux de Calgary et de Jasper. Ces locaux étaient mis à la disposition des mécaniciens pour se reposer en attendant leur train ou avant de prendre le volant pour retourner chez eux au retour d’un voyage.

Formation sur le mode de vie et counselling individuel : Un programme de formation de quatre heures intitulé Managing a Road Lifestyle (La vie sur la route) a été élaboré à l’intention des membres du personnel et de leur famille.

Le 27 avril 1997, les districts Est (Brooks) et Ouest (Laggan) ont commencé à utiliser le régime des groupes/chronotypes, qui correspondaient à trois fenêtres temporelles précises. Il est à noter que les ententes relatives aux mécaniciens et aux conducteurs sont presque identiques. Les employés indiquaient le groupe/chronotype auquel ils appartenaient et devaient aussi préciser leur fenêtre temporelle préférée dans la plage horaire correspondant à leur groupe. Les employés étaient affectés aux plages horaires selon leur ancienneté. Les équipes fonctionnaient selon le concept du premier entré, premier sorti, et chaque plage horaire chevauchait d’une heure la plage horaire suivante. Pendant ce chevauchement, on pouvait continuer d’appeler au travail des équipes appartenant à la plage horaire antérieure, jusqu’au dernier; les membres des équipes de la plage horaire subséquente prenaient alors le relais.

Groupe Chevauchement Période de service Période de service totale
Alouette 05:00 – 06:00 06:00 – 15:00 1 hre + 9 hres Fenêtre de 10 hres
Hibou 14:00 – 15:01 15:01 – 23:59 1 hre + 9 hres Fenêtre de10 hres
Chat 23:00 – 00:01 00:01 – 05:59 1 hre + 6 hres Fenêtre de 7 hres

Figure 7. Canalert – Cycles de service

Les groupes/plages temporelles ont été conçus pour réduire au minimum la probabilité qu’une personne soit appelée à travailler pendant une période qui allait à l’encontre de son rythme circadien naturel. La zone protégée avait été désignée, lors du projet CANALERT 95, comme étant la zone pendant laquelle une personne, selon son horloge biologique, serait le plus susceptible de tomber endormie. Ces fenêtres temporelles ont été établies dans le but de réduire au minimum les perturbations du rythme circadien naturel d’une personne. Ou encore, cette zone était le moment au cours duquel une personne serait le plus susceptible de dormir et donc, le moment le plus propice à un sommeil de récupération.

Pour éviter aux employés d’être en service à une heure à laquelle ils seraient normalement au lit, ceux qui n’avaient pas obtenu au moins trois heures de repos circadien (repos pendant leur période de sommeil réparateur) devaient terminer leur voyage avant le début de la zone protégée. La zone protégée était la période qui avait été établie comme étant la plus propice au sommeil de récupération pour l’employé. Les zones de sommeil de récupération pour les diverses plages horaires étaient les suivantes :

  Chevauchement Période de service Zone de récupération Zone protégée Zone protégée spéciale
Alouette 05:00 – 06:00 06:00 – 15:00 17:00 – 09:00 03:00 – 07:00 01:00 – 03:00
Hibou 14:00 – 15:01 15:01 – 23:59 20:00 – 12:00 07:00 – 11:00 04:00 – 07:00
Chat 23:00 – 00:01 00:01 – 05:59 08:00 – 21:00 18:00 – 22:00 04:00 – 08:00

Figure 8. Zones temporelles protégées

Après avoir établi ces zones de récupération et ces zones protégées, les travailleurs et la direction ont convenu que les heures normales d’exploitation de certaines catégories de trains (marchandises générales et marchandises prioritaires) devaient être prises en compte lorsqu’une personne était appelée au travail. Par exemple, un employé du groupe Alouette, à un terminal de détachement, est appelé à 21 h 30 pour conduire un train qui circule à basse vitesse. Dans des circonstances normales, l’employé aurait tendance à accepter l’affectation afin d’être de retour chez lui le plus tôt possible. Mais l’entente CANALERT 97 l’empêche d’accepter l’affectation, car il lui faudrait au moins six heures pour faire le voyage. Or, sa période en service empiéterait ainsi sur sa zone protégée.